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Interview // Teki Latex

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Heure Bleue est allée à la rencontre de Teki Latex, co-fondateur du label Sound Pellegrino et responsable de Boiler Room France, à l’occasion de sa venue à l’Ayers Rock Boat début novembre.

Je prône plus de diversité que ce soit en terme de couleur musicale et en terme d’individus.

Hello ! Nous sommes samedi 5 novembre, il est 1 heure du mat et tu rentres à peine de Londres, dis-nous, est-ce que c’est tous les jours comme ça ? A quoi ressemblent tes journées en général ?

Teki Latex : Je suis pas quelqu’un de très bien organisé et ça change souvent, mais en général je me réveille vers 9 heures en semaine et je commence à ouvrir mes mails à partir de 11 heures. Après je vais manger, des fois j’ai des rendez-vous pour le déjeuner ou l’après-midi, mais les jours où je n’ai pas de rendez-vous je passe la journée devant les mails et les réseaux sociaux.
Je passe du temps sur les réseaux sociaux, à publier un post sur la soirée du week-end d’après ou des trucs de promos. Ce sont des tâches qui peuvent paraître anodines, on ne s’en rend pas compte, on le fait un peu par narcissisme aussi mais au final c’est quand même du taff.
L’après-midi je fais des mails un peu plus costauds. Pour ce qui est de la recherche de morceaux pour mes sets: je reçois des morceaux, je les met de côté dans un dossier spécial sur mon ordinateur et puis le jour où j’ai Rinse FM ou un mix à préparer, je refais le tri dans ce dossier et je vais faire un tour sur Beatport et Bandcamp pour regarder ce qui est sorti et ce que j’aurai pu louper. De plus en plus je joue des trucs qu’on m’envoie car je suis en contact avec des gens que j’aime et je trouve mon bonheur là dedans. Sinon, je vais piocher dans mes souvenirs de mélomane pour trouver des morceaux qui vont compléter un set.

Que penses-tu des rappeurs français en ce moment et notamment de PNL ? Je ne t’ai pas vu donner ton opinion sur ce sujet.

Teki Latex : Au début je trouvais que ça ressemblait à tout le rap américain du moment qui est super planant et un peu déprimé. Ils jouent sur ce truc de spleen banlieusard, de spleen de dealer, qui moi ne m’excite pas des masses.
J’écoute pas du rap pour ressentir ce genre de sensations mais en approfondissant un petit peu et à force de les entendre, j’ai trouvé que certains morceaux ont une identité définitivement française, qui est ce qu’elle est. Et je pige pourquoi ça parle aux gens.
Si tu veux un exemple de rap français que j’écoute et que j’aime vraiment en ce moment, c’est le rap sur des morceaux afro-beat comme MHD. Et j’ai découvert pas mal de mecs qui font des sons similaires, notamment le camerounais Maahlox Le Vibeur et c’est mortel.

Et concernant les rappeurs US, qui peut sortir du lot en 2017 ?

Teki Latex : La génération après Young Thug, Lil Yachty et 21 Savage entre autres. Mais je t’avoue que j’entends ça parce que c’est la fille d’Orgasmic qui écoute ça, c’est vraiment pour les jeunes (rires). Pour que j’écoute un morceau de rap, il faut que je l’entende plusieurs fois dans un club et que je le trouve bien.
Par exemple, le son de Young Thug et Travis Scott « Pick Up The Phone », je l’ai entendu trois fois dans la soirée hier et je me suis dit qu’il était mortel ce morceau en fait !
Une fois que j’ai vu 5 fois le nom 21 Savage je finis par l’écouter, je vais pas trouver ça terrible et puis je vais entendre un de ses morceaux dans le club que je vais trouver bien. Je juge plus les morceaux que les rappeurs maintenant, alors qu’à l’époque je me disais « tel mec a tel flow », je m’intéressais à l’histoire du rappeur alors que maintenant je m’en fous, mais s’il a un hit c’est chanmé et je le jouerais peut-être.

Je sais que tu es un grand fan de séries, notamment Game of Thrones, Lost ou encore Stranger Things. Est-ce que tu as commencé Westworld et si oui, qu’est-ce que tu en pense ?

Teki Latex : J’adore. C’est une série à tiroirs avec plein de mystères et moi je marche à fond dans ces trucs là. Je suis déjà toutes les théories alors qu’il y n’a eu que 5 épisodes mais on commence à avoir une idée de ce qui peut se passer par la suite et ça défonce.

Tu vas faire des récap’ de Westworld comme tu as fait pour GOT ?

Teki Latex : Je vais voir, peut-être à la 2ème saison, pour l’instant je n’en sais pas plus.

Tu as l’intention continuer Tek Of Thrones à la prochaine saison ?

Teki Latex : Oui, il y a encore deux saisons, donc je vais continuer à moins que je n’ai pas le temps mais on verra au moment venu, au mois de mai. J’ai commencé à regarder quelques spoilers (rires).

Et tu regardes quoi d’autre comme série en ce moment ?

Teki Latex : Si tu veux tout savoir, en ce moment, vu que je suis insomniaque, je me suis mis à regarder de nouveau Friends grâce à Netflix. Je m’endors au milieu des épisodes mais c’est pas grave, quand je me réveille je suis trois épisodes après et ça n’a pas vraiment changé (rires). Mais Friends ça permet aussi de se rendre compte que dans les années 90 il y a plein de trucs qui ne passeraient pas aujourd’hui : déjà l’histoire se déroule dans un New-York où il n’y a pas de noirs. Les homosexuels quant à eux sont beaucoup plus présents que dans les autres séries à l’époque, mais ils sont toujours la cible de blagues potaches. Au final, tu te dis que la société a beaucoup évolué et qu’aujourd’hui dans les séries il y a davantage de diversité dans le casting et c’est une bonne chose. Friends du coup se trouve un peu ringardisé à cause de ça mais il y a quand même des sujets qui sont traités intelligemment. Je me suis replongé dedans avec horreur et maintenant je me dis, en tant que sériephile, que ça mérite qu’on regarde cette série avec une certaine valeur.

Lyon avait un petit peu une image de y’en a que pour la techno

Une question un peu plus terre à terre cette fois : tu es un entrepreneur dans la musique, tu as créé beaucoup de choses autour de toi, est-ce que Lyon c’est une ville qui te donne envie de créer des nouveaux projets ?

Teki Latex : Il y a quelques années, Lyon avait un petit peu une image de « y’en a que pour la techno », mais je pense qu’aujourd’hui cette vision a évolué. On voit de plus en plus de soirées rap organisées par le collectif Artjacking et on leur donne l’occasion de s’exprimer au Sucre notamment alors que ce club avait une image très techno donc je me dis que finalement, c’est plus ouvert que ce que l’on croit.
Pour Paris j’étais aussi très pessimiste il y a 6 mois, je me disais tout le temps « ils sont entrain d’essayer de refaire Berlin » mais là c’est déjà entrain de changer. A chaque nouvelle saison on voit des clubs se fermer, d’autres ouvrir, tout va très vite et je trouve ça cool. Après c’est compliqué de trouver un écho pour la musique que moi je défends car je m’intéresse à un univers musical de niche tout en jouant des morceaux super populaires quand je suis derrière les platines. Mais la musique que j’ai envie de pousser, la musique contemporaine, ne rentre pas sans l’espèce d’autoroute techno qui est très populaire aujourd’hui. Actuellement, quand on parle de l’essor de la techno française, je ne me sens toujours pas représenté par cet essor là, que ce soit à Paris ou à Lyon.
Personnellement, je prône plus de diversité que ce soit en terme de couleur musicale et en terme d’individus. Etant impliqué dans la scène ballroom, je fréquente énormément de gens de cette scène là et ce sont des personnes qui doivent se battre pour rentrer en club car il y a des transsexuels, des homosexuels, et la plupart sont noirs et arabes donc ça fait d’autant plus de raison pour certains physios ou videurs, ou même clients racistes ou homophobes ne pas les laisser rentrer et les emmerder. Les mentalités ont évolué dans certains endroits mais il y a encore des progrès à faire.

Du coup, les soirées la Crème de La Crème elles se déroulent où ?

Teki Latex : Elles se déroulaient au Wanderlust, qui s’appelle maintenant Le Club des Nuits Fauves. Les soirées se sont arrêtées fin septembre, on fait des saisons comme une série télé (rires) car ça demande quand même beaucoup de taff et c’est bien de ne pas trop en donner d’un coup. Mais pendant que les soirées La Crème de la Crème font leur pause annuelle, il y a quand même des « Balls » chaque semaine à Paris. C’est un milieu qui est fascinant alors si vous voulez en savoir plus sur cette culture, sur ce qu’est un ball et sur toutes les différences défendues par cette danse là, il y a une soirée le 9 décembre à la Gaîté Lyrique à Paris.

L’interview du vogueur Kiddy Smile par Mouloud sur Canal+ pour le Gros Journal a-t-elle entraînée des bonnes retombées pour la communauté ?

Teki Latex : Je pense que c’est bénéfique pour eux à partir du moment où un média d’une certaine importance donne la parole à des gens de la communauté queer/LGBT/noire s’ils choisissent les bonnes personnes et qu’ils leur donnent la parole comme c’était le cas dans l’émission de Mouloud.
Les balls se sont des lieux qui existent car on n’a pas donné la parole ces certaines personnes. Donc maintenant il faut mettre en avant cette communauté leur laisser donner leur vision des choses. A chaque fois qu’a lieu un interview médiatisé comme ça c’est sûr qu’il s’agit d’une victoire. Moi je suis plutôt optimiste mais je ne veux pas être le représentant d’une culture dans laquelle je ne suis qu’un invité.


Il faut être optimiste, c’est important.

Teki Latex : Oui mais j’ai peut-être tort de l’être. Kiddy, si tu parles avec lui, il lui arrive d’être pessimiste et tous les jours il y a des choses qui lui donnent raison de l’être.

Un grand merci à Teki Latex d’avoir accepté l’interview et à l’équipe de l’Ayers Rock Boat Lyon pour leur accueil.